Les odeurs et les bruits, plus encore que les couleurs, restent inscrits dans ma mémoire. C’est une sorte de rêve en noir et blanc que je vivais très souvent chez ma grand-mère.
Cette grande maison recouverte de lierre, la cuisine immense et à côté un petit boudoir avec une cheminée, LA cheminée celle qui a vu passer tous les petits enfants. Et oui, nous étions prêts à rougir devant la flemme pour faire fondre guimauves, carrés de chocolats et autres caramels. Nous courrions derrière cette grande silhouette qui remplissait généreusement nos assiettes. La plupart du temps nous en laissions sur le chemin entre le boudoir et la cuisine. C’est à qui serait le premier devant la cheminée pour faire crépiter toutes sortes de choses sucrées au bout d’un bâton et les déposer tant bien que mal sur une énorme tranche de pain de campagne. Les plus originaux faisaient fondre des morceaux de fromage, les odeurs nous chatouillaient le nez, parfois nous dérangeaient mais cela nous faisait rire. Et puis, lorsque nos ventres et nos papilles n’en pouvaient plus, les dents et la bouche couleur chocolat, nous filions recouvrir notre chère Manou de baisers sucrés-salés.

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