Ndlr : Tyrane propose de lire son texte avec cette musique en fond musical.
Lui, il laissait dépasser sa main de la fenêtre grande ouverte, sa main tendue, des présents dedans. Elle était fripée un peu sur le dessus peut être - beaucoup si on avait pris le temps de la voir - mais il s’en fichait et nous aussi. Il était vieux, il avait vécu et après ? Il était assis là, juste pour passer le reste de son temps si court, sans rien ni personne et nous attendre surtout, à son heure précise, la nôtre aussi. Il penchait parfois la tête, la tournait sur la droite pour scruter le trottoir sous son carreau, impatient de tendre ses cadeaux. Il avait pioché le parfum préféré de chacun dans sa mémoire et dans sa grande boîte comme tous les jours. Celui à la cerise et l’autre à l’orange, ils étaient pour moi. Nous, on sautait sur le pavé, petite bande de gosses qui rentrent de l’école, en transit vers le dîner et le sommeil, avec l’envie de flâner et de le voir. Que nos nez coulent dans nos gants ou que nos épaules rougissent au soleil, il était là et on le savait. Alors en plein milieu du chemin, de l’autre côté de la route, on lui faisait des grands signes et lui, il nous souriait. Il nous montrait son autre paluche tant qu’il y avait des voitures - il n’aurait pas fallu qu’il nous arrive quelque chose - et puis on traversait. Je n’ai jamais entendu le son de sa voix, je ne sais même pas son nom, mais il avait quelque chose de tout neuf dans le regard presque des couleurs tout autour quand nous ouvrions ses bonbons.
Et moi, depuis, j’ai oublié tous les goûters du monde, sauf ses bonbons Kréma.

Quand La Tyrane écrit, c'est le monde adulte qui nage en eaux troubles, il n'y a plus que l'enfance qui surnage d'un bras.
Rédigé par : Fishturn | 20/07/2009 à 23:47
Bravo ma choupinette... Ca m'a zémue !
Rédigé par : garmot | 28/07/2009 à 01:34
Très émouvant...
Rédigé par : Séverine | 11/08/2009 à 14:14