Le goûter, c’est d’abord une barre de chocolat plate qui aide à ne pas pleurer en attendant l’heure des parents. Un pain au lait au fond d’un sac de toile écossaise et de cuir caramel clair, qui remonte le moral même quand on n’a pas faim. Plus tard, c’est un instant, juste un instant partagé avec les copains, en attendant de repartir à l’attaque des pyramides, des bateaux de pirates et autres planètes extrasolaires.
Cet instant importe moins que la force qu’il redonne pour continuer à courir à fond les boulons, du chocolat plein la chemise et des miettes dans le coin des yeux. Le goûter est un pickpocket qui s’attaque au temps qui passe, qui vole des minutes et fait vivre les suivantes comme si elles étaient les premières de la journée. C’est une tartine de gros pain accompagnée d’un jus d’orange qui coule d’un jerrycan aux heures de centre aéré, c’est du pain d’épice recouvert de beurre, des tartines de gruyère. Le goûter est une cérémonie sacrée qui célèbre l’enfance, qui la prolonge un peu en toute illégalité.
En grandissant – car vieillit-on lorsque l’on goûte ? – on bride ses envies décadentes durant la semaine mais on se lâche le week-end, au prétexte qu’il faut bien accompagner les enfants. Difficile de glisser de la pâte à tartiner entre deux beurrés nantais au boulot. Délicat d’avaler ce si léger sandwich, de s’accorder ce glissement régressif vers le plaisir sans tapisser son clavier de façon suspecte. Le goûter, c’est plein d’essais plus décadents les uns que les autres, des sablés léchés, retournés, croqués, accouplés, mélangés et mangés. Des jus aux parfums douteux vantés par des footballeurs, des jus de chaussette, des jus de carotte, des thés serrés.
Le goûter est un petit excès que l’on s’accorde sans peur du gendarme, dans la dernière descente de la journée. Puis un jour, on lit les étiquettes, comme tout le monde, pour traquer la matière grasse végétale hydrogénée, ou pire encore, partiellement hydrogénée. On en trouve beaucoup, notamment dans les BN, dans les Prince, qui sont donc retirés des mains des enfants, qui ne grandiront pas avec ces goûts tant aimés. Le goûter redevient ce qu’il était aux origines et le boulanger est content. Du pain légèrement grillé, ou pas, du beurre, ou pas, du vrai chocolat, de la confiture. Tout se prépare en quelques minutes et s’engloutit aussi vite. Les enfants rient. On rit avec eux, du chocolat plein la chemise et des miettes dans le coin des yeux.

Les nouveaux BN classiques ne sont plus hydrogénés ! Alléluia !!
Rédigé par : Vincent | 04/11/2009 à 17:08