S’il y a un goûter dont je me souviens, c’est celui du Patronage Laïc de Recouvrance, le « Patro » comme on disait à ce moment-là.
Ma mère, cinq enfants à vingt-cinq ans (une autre époque), désireuse d’avoir un peu la paix avec les deux plus petits de sa nichée, nous envoyait passer nos jeudis après midi dans ce Centre Aéré si
typique des années soixante.
Nous participions à des jeux, à des promenades en car, organisées le long de la côte Finistérienne, et parfois nous profitions d’une projection de film dans la vieille salle aux sièges de bois.
Je me rappelle de « Crin Blanc » de « Barbe Noire le Pirate », de «Moby Dick ». Puis venait l’heure tellement attendue du goûter. L’exercice, le grand air, avaient rendu nos ventres affamés.
Nous nous mettions en rangs, munis de nos besaces écossaises, d’où nous sortions nos tartines de pain sec préparées par nos mamans, et attendions patiemment, chacun notre tour, que les moniteurs les recouvrent de confiture à la fraise ou à l’abricot, conservées dans d’immenses pots métalliques. Les plus chanceux apportaient des brioches ou de la baguette bien croustillante.
A ce moment-là, ma plus grande peur était l’arrivée d’une guêpe, voltigeant autour de ma tartine. Combien en ai-je lâché en hurlant ?
Ensuite je sortais ma gourde de plastique transparente et au bouchon bleu et buvais à pleines lèvres mon eau aromatisée à la menthe ou à la grenadine. Ainsi repues, nous repartions ma soeur et moi, pour des jeux d’élastique ou de marelles, tandis que mon frère courait avec ses copains vers des combats
imaginaires.

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